5 avril 2019 : Révélons où repose Pierrette Fleutiaux !

Après celles de Léo Chauliac, Roger Moore, Alfred Savoir, Rémy Kolpa-Kopoul, Claude Moliterni, Arnaud Hamelin, Paul Tourenne, Emmanuel Maubert, Bernard Spindler, Michel de Boüard, Gepetto Ben Glabros, Jacques Morali, Ida Rubinstein, du comte Rodolphe de Battine et de Jeanne Bloch , une nouvelle sépulture inédite de célébrité...

Une figure discrète mais singulière de la littérature française... Ainsi fut-elle saluée par "L’Obs" le 28 février 2019, au lendemain de sa mort.


La romancière Pierrette Fleutiaux (1941-2019) repose depuis quelques semaines au Père-Lachaise, dans une de ces divisions excentrées où ne viennent que les familles, les solitaires et les touristes dépourvus de tout sens de l’orientation, la 75è.

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De son oeuvre qui compte plus de vingt titres, retenons Métamorphoses de la reine qui lui avait valu le prix Goncourt de la nouvelle en 1985, et surtout Nous sommes éternels, prix Femina 1990 et dont elle eut le bonheur de voir l’adaptation en opéra (elle en avait co-écrit le livret), sur une musique de Pierre Bartholomée, en novembre dernier, à Metz.

Administratrice de la Société des gens de lettres, elle eut droit à un bel hommage prononcé lors de ses obsèques par sa présidente, Marie Sellier, auquel j’emprunte ces extraits :

Entrée le 15 mars 1988 à la SGDL (c’est-à-dire il y a 31 ans précisément, aujourd’hui), elle avait rejoint le Comité en novembre 2007 et occupé la fonction de vice-présidence aux affaires culturelles avant de devenir Première vice-présidence au départ de Noëlle Chatelet.

Formidable lectrice, véritablement gourmande de beaux et bons livres, elle imagine rapidement de mettre les jeunes auteurs à l’honneur et initie la soirée premiers romans qui, pendant 10 ans, fit venir tant de primo romanciers à Massa, tous genres confondus. Pierrette n’aimait ni les cases, ni les barrières.

Cette soirée, qui avait traditionnellement lieu à l’automne, c’est elle qui l’orchestrait, la mettait en scène, bâtissant des scenari fougueux et inventifs qui lui permettaient d’établir un lien entre les différents ouvrages présentés. C’est aussi elle qui l’incarnait, et pourrait-on dire l’interprétait, bondissant d’un endroit à l’autre, ne ménageant pas sa peine et son talent de comédienne pour partager ses coups de cœur, ses emballements, généralement en duo avec Carole Zalberg.

C’était tonique, drôle, enlevé, de véritables performances, destinées à mettre en valeur un autre ou une autre que soi et dont les auteurs des livres ainsi sortis du lot, se souviennent encore. Pure générosité. C’était Pierrette.

Ses bonheurs de lecture, il fallait qu’elle les partage. Elle ne s’en est pas privée non plus en tant que juré des prix de printemps et d’automne de la SGDL, où elle était toujours force de proposition, troussant des chroniques qui nous mettaient l’eau à la bouche, défendant mordicus un titre, sans jamais lâcher le morceau, quitte à aller le repêcher s’il partait à la trappe, faisant la moue pour signifier que tel autre ne cassait pas la baraque. Engagée toute entière, irrésistible, et arrivant si bien à ses fins. C’était Pierrette.

(...)

Pierrette n’avait que faire des masques, Elle était elle-même, une et indivisible, dans son œuvre comme dans la vie. Modeste, attentive, et tellement passionnée par l’autre qu’elle était en vérité plus jeune que beaucoup de plus jeunes qu’elle, Je ne suis pas la seule à avoir été étonnée en découvrant son âge. Je n’y avais jamais pensé. Mais c’est certain, c’est exactement ainsi que nous voulons être à 77 ans.

Au nom du Comité, au nom des adhérents et des salariés de la SGDL, qui sont nombreux ici ce matin, je ne te dis pas adieu, Pierrette, mais un simple au revoir. Tu as été si présente, si vivante que les murs de Massa vibreront longtemps de tes éclats de rire, de tes étonnements, de tes prises de position décalées et de ta formidable empathie.

Nous ne sommes pas prêts de t’oublier, Pierrette. Tu étais bien trop vivante pour mourir.

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