14 septembre 2012 : Christian Ferras, l’oublié du 14 septembre 1982.

30è anniversaire du suicide du violoniste Christian Ferras.

Son cas me rappelle celui du peintre Bernard Boutet de Monvel dont la mort passa inaperçue parce que, pour son malheur, il était monté à bord du même avion que le boxeur Marcel Cerdan et la violoniste Ginette Neveu qui raflèrent tous les hommages au lendemain de l’accident des Açores.

Ce 14 septembre 1982, les journaux télévisés ne comportaient que deux titres : les décès de l’homme politique libanais Bachir Gemayel (assassinat) et de la princesse Grace de Monaco (accident de la route). Pour avoir glosé sur l’égalité de traitement des deux sujets chez nombre de ses confrères, le journaliste Bernard Langlois était d’ailleurs évincé de la présentation du journal de 13 heures, sur Antenne 2.
Or, le même jour, le violoniste Christian Ferras, 49 ans, un des artistes les plus doués de son temps (il suffit de lire les éloges de Karajan, peu prodigue en la matière, et d’écouter ses enregistrements avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin pour s’en convaincre) choisissait d’en finir avec une vie rendue déclinante par son goût des tapis verts (il vendit même un Stradivarius pour rembourser ses dettes) et son addiction à l’alcool. Se défenestrant du dixième étage, il ne s’était pas donné la moindre chance d’en réchapper. Sa tombe au cimetière de Cachan (Val-de-Marne), banale et attaquée par le temps, est bien difficile à dénicher. Un jour, plus proche qu’on ne croit, les lettres de son nom auront achevé de s’y effacer. Le trentième anniversaire de ce drame est l’occasion de le (re)découvrir, par exemple, dans la célèbre Berceuse de Fauré :

http://www.youtube.com/watch?v=NBpH...

Pour finir sur une note plus légère, je me souviens que Pierre Palmade avait raconté qu’un jour, en vacances dans le sud de la France, Johnny Hallyday l’avait emmené se promener à moto sur les petites routes de l’arrière-pays. L’idole des jeunes conduisait à une vitesse folle et, accroché à lui, Palmade se répétait que la mort les attendait au détour de chaque rivage mais que ce qui lui causait le plus de peine était que la sienne allait passer totalement inaperçue...

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Ouest-France 22 octobre 2012