16 juin 2012 : Il était une voix

Thierry Roland rejoint le panthéon des voix qui nous parlaient de sport.

Tandis que, depuis ce matin, les hommages rendus à Thierry Roland s’ajoutent les uns aux autres, je m’interroge sur leur effet de rémanence.
On ne garde guère en mémoire les célébrités de la petite autant qu’étrange lucarne. Plus encore peut-être les commentateurs sportifs qui cultivent le paradoxe jusqu’à travailler pour la télévision sans guère montrer leur visage.
Qui se souvient de Bernard Père dont le nom fut longtemps inséparable de celui de Thierry Roland (à l’époque, Jean-Michel Larqué foulait encore la luzerne) et qui repose au cimetière parisien de Bagneux, à deux carrés de Jules Rimet, le créateur de la Coupe du monde ? Qui pense encore à Jean Mamère, frère de, mais surtout pilier de Stade 2, conduit au cimetière de Libourne (Gironde) à la fin de l’été 1995 ? Plus près de nous, Patrick Knaff, spécialiste du ski alpin, mort en 2006 d’une embolie pulmonaire, enterré à Doussard, en Haute-Savoie. Plus loin dans le temps, Dominique Duvauchelle, victime d’un accident de la circulation en mars 1982, inhumé à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).
Certes, lui jouera post-mortem dans la catégorie des cadors, celle de Robert Chapatte dont la tombe est à Neuilly-sur-Seine (cimetière ancien), et Roger Couderc, couché à Mauvezin, dans le Gers. Mais je gage que l’oubli viendra vite.
Thierry Roland, dont j’ignore à l’heure où j’écris ces lignes quel sera son lieu de sépulture, aura survécu à quelques figures de sa petite mythologie, l’arbitre écossais Ian Foote qu’il avait traité de "salaud" lors d’un match en Bulgarie, ou Fahid al-Ahmad, frère de l’émir du Koweït, qui était descendu sur le terrain interrompre la partie contre la France en 1982 et que les forces irakiennes tuèrent lors de l’invasion de son pays, le 2 août 1990.
Alors que tous ses amis ont aujourd’hui évoqué sa gouaille de titi, ses expressions comme jaillies d’un film d’Audiard et ses intonations entre toutes reconnaissables, il me revient une confidence qu’il avait faite à la radio. Il y parlait de son père, décédé lorsqu’il était enfant, dont il n’avait pas le souvenir de la voix. Et ajoutait se rappeler parfaitement du bruit de bottes des nazis défilant rue de Rivoli, en 1944. Il concluait, au bord des larmes, que cette voix absente et inconnue constituait le plus grand chagrin de sa vie.
Lui si Parisien devrait rejoindre quelque cimetière de la capitale. Père-Lachaise, Montmartre, Montparnasse, Passy, Batignolles, Bagneux, Pantin, Saint-Ouen, peu importe, pourvu que ce soit en 1ère division.