Qui repose à Sartilly ?

Émouvante visite que celle du petit cimetière de Sartilly où se dresse un monument dédié aux Quatre caporaux de Souain (Marne) fusillés pour l’exemple, sur ordre du général Réveilhac, le 17 mars 1915, pour n’avoir pas obéi à l’ordre de "bondir hors des tranchées", baïonnette à la main.
Or, les hommes, épuisés et démoralisés, savaient que la position des mitrailleuses allemandes les vouait ainsi à une mort certaine. Par ailleurs, l’artillerie française bombardait aussi son propre camp (certains prétendirent que le général Réveilhac l’avait ordonné afin de pousser les hommes à monter à l’assaut). Un procès eut lieu, vingt-quatre soldats se trouvant sur le banc des accusés.
Si le conseil de guerre acquitta les dix-huit hommes du rang, il condamna à la peine capitale quatre des six caporaux jugés (deux échappèrent à la mort car on supposa qu’ils n’avaient peut-être pas entendu l’ordre donné) au motif de désobéissance. Trois étaient originaires de la Manche, un (Lucien Lechat) d’Ille-et-Vilaine.
Ils furent exécutés à la ferme de Suippes, en début d’après-midi, deux heures avant que n’arrive le recours qui commuait leur peine en travaux forcés.

Ils s’appelaient Louis Girard (né en 1886), Lucien Lechat (né en 1891), Louis Lefoulon (né en 1884) et Théophile Maupas (né en 1874).


La veuve de Théophile Maupas, Blanche, mena, avec l’aide de la Ligue des droits de l’homme, un long combat afin d’obtenir enfin, en 1934, leur réhabilitation. En 1923, elle avait fait inhumer son mari à Sartilly où elle venait d’être nommée directrice de l’école de filles.
Lucien Lechat fut inhumé dans son village du Ferré (Ille-et-Vilaine).

En 1925 fut inauguré le monument, sur la tombe de Théophile Maupas, où un bas-relief de Moreau-Vauthier montre les quatre victimes.

Blanche Maupas (1883-1962) repose dans la tombe voisine.

Le film de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire, est librement inspiré de cette histoire.

Ne pas quitter ce cimetière sans prendre connaissance de plusieurs épitaphes.

Ici, le chanoine Lefranc, curé-doyen de Sartilly de 1933 à 1948 proclame qu’il a voulu reposer parmi ceux qu’il aimait.


Là, un homme s’adresse directement à nous :

Vous qui regardez la tombe de mon corps, sachez que je vous regarde aussi, car mon âme, immortelle comme la vôtre, a survécu.
Homme, femme, ne craignez plus votre propre mort qui n’est que bienheureuse désincarnation.


Le même rend hommage à son épouse :

Tu fus une épouse parfaite et une mère admirable pour tes huit fils. À présent, tu es l’élue du Seigneur. Protège ton mari, tes fils et leurs familles depuis les cieux.


Comment enfin ne pas remarquer la présence de ce prêtre prénommé Pancrasse (orthographe rare), jadis professeur de mathématiques transcendantes au Collège royal de Rouen ?


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