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Prague, Nouveau cimetière juif (Nový židovský hřbitov).

Ouvert en 1890 pour remplacer le cimetière juif de Žižkov, ses 10 hectares offriraient déjà un but de promenade aux amateurs de nostalgie, sensibles à son cadre arboré ; mais que Franz Kafka y repose devrait en faire assurément un lieu archi-visité...
Il n’en est rien. Outre les habitués, on y croise quelques voyageurs lettrés et discrets mais pas la foule qui envahit dès l’ouverture l’ancien cimetière juif cité par tous les guides touristiques. Bref, un lieu éminent à savourer en connaisseur...

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La tombe que chacun recherche, du moins la première fois, est aisée à trouver (non loin de l’entrée) grâce au fléchage :

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Franz KAFKA (1883-1924), dont une grande partie de l’oeuvre parut à titre posthume, repose donc ici, rejoint par ses parents, Hermann KAFKA (1852-1931) et Julie KAFKA (1856-1934).
Leurs trois noms sont gravés sur la stèle en forme de cristal hexagonal conçue par l’architecte Leopold Ehrmann.
Le père vient à Prague et se joint à la communauté allemande de Prague, essentiellement pour des raisons d’ambition sociale. En effet, au début du siècle, les Allemands de Prague ne sont plus que trente mille, noyés dans une population slave d’un demi-million d’habitants, mais socialement ils n’en tiennent pas moins le haut du pavé... Parmi cette minorité allemande (...), il y a un bon pourcentage de Juifs, récemment assimilés (car les ghettos n’ont été dissous qu’après 1848) mais menacés au début de ce siècle par une vague d’antisémitisme. (Marthe Robert)

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Quelques fleurs, de nombreuses pièces de petite monnaie et d’innombrables pierres veillent le sommeil du plus célèbre enfant de Prague dont l’épitaphe signifie : Le mardi premier du mois de Siwan [5]684 du petit comput/ Voici pour toi le jeune homme magnifique / Notre maître monsieur Anshel, le salut sur lui / Fils de l’éminent, béni soit-il, ton pauvre Kafka, sa chandelle éclairera. / Et le nom de sa mère raccommodera. / Que son âme soit liée au faisceau de la vie.

On trouvera difficilement plus parfaite adéquation d’un écrivain et de sa ville. L’équation tchèque-juif-allemand a une rigueur mathématique : la formulation en termes nécessaires et suffisants.
Situation adéquate mais difficilement soutenable et en porte-à-faux, dont l’écrivain se sentira à la fois coupable et victime. D’où son angoisse.
(Jean-Paul Clébert).

Face à sa tombe, sur le mur du cimetière, une plaque de bronze rend hommage à son ami le plus proche, qui fut son exécuteur testamentaire, l’écrivain et journaliste Max BROD (1884-1968), inhumé en Israël.

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Parmi les autres personnalités enterrés dans ce cimetière, j’ai relevé les noms de :

Oskar BAUM (1883-1941), écrivain et critique musical (aveugle), ami de Franz Kafka.

Filip BONDY (1830-1907), rabbin.

Josef BOR (Josef Bondy) (1906-1979), juriste et résistant, rescapé d’Auschwitz et de Buchenwald.

Alexander BRANDEJS (1848-1901), mécène.

Adolph DONATH (1876-1937), poète, critique et historien d’art.

Zeno DOSTÀL (1934-1996), réalisateur et écrivain.

Nathan EHRENFELD (1843-1912), rabbin et professeur.

Viktor FEUERLICHT (1918-2003), cantor à la synagogue Vieille-Nouvelle.

Vilém FLUSSER (1920-1991), philosophe, écrivain et journaliste.

František GOTTLIEB (1903-1974), avocat et écrivain.

Max HORB (1882-1907), peintre.

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Saul Isaak KAEMPF (1818-1892), rabbin et orientaliste.

Jiři KARS (1882-1945), peintre qui connut le Montmartre de la grande époque et fréquenta Apollinaire, Chagall et Max Jacob. Il se suicida à Genève.

Arnold KOBLITZ (1883-1933), peintre.

Adolf KOHN (1868-1953), peintre.

Arne LAURIN (1889-1945), journaliste.

Salomon LIEBEN (1881-1942), fondateur du musée juif de Prague.

Arnošt LUSTIG (1926-2011), écrivain.

Otto MUNELES (1894-1967), historien et hébraïste.

Jiři ORTEN (Jiři Ohrenstein) (1918-1941), poète.

Ota PAVEL (1930-1973), écrivain et journaliste.

Isidor PETSCHEK (1854-1919), industriel.

Julius PETSCHEK (1856-1932), banquier et industriel.

Otto PETSCHEK (1882-1934), fils d’Isidor Petschek, banquier et industriel. Sa fabuleuse villa pragoise aux 148 pièces est aujourd’hui l’ambassade des États-Unis.

David POPPER (1843-1913), violoncelliste.

Moritz PORGES (1857-1909), joueur d’échecs.

Lenka REINEROVÁ (1916-2008), femme de lettres, considérée comme le "dernier écrivain pragois de langue allemande" (à l’image de Kafka, Max Brod ou Rilke).

Bedřich RÓNA (1930-2009), écrivain.

Gustav SICHER (1880-1960), rabbin, premier traducteur de la Torah en tchèque.

Ludvík SINGER (1876-1931), avocat et homme politique.

August STEIN (1854-1937), journaliste, éditeur et traducteur, initiateur du mouvement juif tchèque à la fin du XIXè siècle.

Jindřich WALDES (1876-1941), industriel et collectionneur d’art.

Karol WASSERMANN (1920-1993), président de la Communauté juive de Prague.

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Signalons enfin le monument PATRIA, en hommage aux disparus de Dolní Kralovice ainsi que le mémorial aux Victimes tchécoslovaques de l’Holocauste réalisé par Zdeněk Vodička et Vladimír Stehlík.

Adresse :
Izraelská 712/1.
Accès par la station de métro Želivského. Prendre la journée afin de visiter les trois grands cimetières que sont le Nouveau cimetière juif, Olšany et Vinohrady (où repose Vaclav Havel), quasiment contigus les uns des autres (on peut même aller jusqu’à l’ancien cimetière juif de Žižkov, non loin).

Horaires :
Du 1er avril au 31 octobre, du dimanche au jeudi : 9h - 17h.
Du 1er novembre au 31 mars, du dimanche au jeudi : 9h - 16h.
Le vendredi, toute l’année : 9h - 14h.
Fermé le samedi ainsi que les jours de fêtes juives.

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Prague, église Notre-Dame-du-Týn (Chrám Panny Marie před Týnem).