Des quinze écrivains français lauréats du prix Nobel de littérature (dont trois vivent encore au moment où je rédige cet article), il n’est pas de ceux dont le nom vient immédiatement à l’esprit tels Gide (1947), Mauriac (1952), Camus (1957), Sartre (1964, qui le refusa) ou Modiano (2014).

Roger MARTIN du GARD (1881-1958), que le jury de Stockholm consacra en 1937, demeure quelque peu figé dans cette gloire que toute une génération crut immarcescible. Lit-on encore beaucoup Jean Barois, oeuvre de jeunesse qui fascinait Albert Camus, ou Les Thibault, son roman-fleuve publié de 1922 à 1940 ?
Jean d’Ormesson qui l’avait découvert avec passion dans sa jeunesse constatait plus de cinquante ans après (Une autre histoire de la littérature française, « Points » Seuil, 1999, p. 269-270) : L’écriture, en revanche, est d’une déconcertante simplicité. C’est une écriture blanche et sans la moindre aspérité. Le style est ce qui manque le plus à cet honnête homme passionné par Freud et par la forme romanesque. C’est ce qui a fait vieillir Les Thibault où ne manquent ni la force ni l’émotion.

-2548.jpg

S’il mourut, le 22 août 1958, en son château normand du Tertre (propriété de son beau-père), c’est l’élégant cimetière niçois de Cimiez qui lui a donné un ultime asile, dans l’immédiate proximité de Raoul Dufy et non loin d’Henri Matisse, inhumé à l’écart. Au côté de sa femme, il repose sous une pierre tombale qu’il avait lui-même conçue. Plusieurs sources prétendent qu’y fut gravée l’épitaphe latine qu’il s’était choisie à seulement quarante ans : Sum quod eris (Je suis ce que tu seras).
Je ne l’y ai jamais lue.

-2547.jpg