Ce fut le mercredi 24 juillet 1957, en son hôtel particulier (hérité de son père) de l’avenue Elisée-Reclus, au Champ-de-Mars, précisément à 3h20 du matin, qu’il rendit son ultime soupir. Depuis déjà plusieurs jours, ses proches avaient perdu tout espoir et entamé les veilles en se répétant le dernier mot qu’il avait soufflé deux jours plus tôt à son meilleur ami, le librettiste Albert Willemetz : « Et maintenant, Albert, je veux dormir ! »

La nouvelle connue, il fut décidé d’ouvrir au public, à partir du vendredi matin la maison, cette extraordinaire demeure (aujourd’hui disparue) transformée au fil des ans en musée et où il avait passé l’essentiel du temps qu’il n’avait consacré ni au théâtre ni au cinéma. Dans le vaste salon tout en longueur, dix-huit mètres !, dont les murs disparaissaient sous les cadres et les vitrines (« Mon Dieu ! Comme c’est bête de dormir quand on a le bonheur d’avoir tout ça ! » aimait-il dire), le cercueil du Maître trônait à la place d’honneur comme pour permettre à son occupant de jouir encore une fois de ses merveilles. Durant quarante-huit heures, les Parisiens défilèrent, malgré la pluie et l’interminable file d’attente. On rapporta qu’ils furent douze mille à venir lui témoigner leur admiration avant la célébration des simples obsèques qu’il avait souhaitées au cimetière Montmartre où l’attendaient son père, le grand Lucien Guitry, et son frère, Jean, mort accidentellement en 1920. Dans cette sépulture connue de tous les visiteurs car située à l’entrée de la nécropole (et que la photo ci-dessous présente avant qu’elle ne soit désenlierrée) repose aussi depuis 1990 Lana, sa cinquième et dernière épouse (« Les autres furent mes épouses, vous, vous serez ma veuve… » avait-il prophétisé).

J’extrais du numéro hommage publié la semaine suivante par « Paris Match » trois photos extraordinaires.

Son dernier portrait, par Willy Rizzo (qui repose au Père-Lachaise), portant déjà la mort sur son visage.

La foule patientant pour accéder à son domicile.

Son lit de mort, jonché de roses, où en habit de gala, il semble veillé par ses chefs-d’oeuvre favoris signés Utrillo et Renoir avec, au-dessus de sa tête, son préféré : une nature morte de Cézanne.