Heureux village nivernais que celui de Chitry-les-Mines riche d’à peine deux cents habitants mais dont le cimetière abrite deux tombes de célébrités !
Au nord de la commune, en bordure d’une petite route qui semble être toujours tranquille, un simple quadrilatère a priori peu engageant car dépourvu de toute végétation et où, comme ailleurs, les monuments modernes grignotent peu à peu la place.

Ceux qui font un long trajet pour venir jusqu’ici ont le goût très sûr : Jules RENARD (1864-1910) les y attend !

L’écrivain (né en Mayenne parce que son père y travaillait à la construction d’une voie ferrée mais dont Chitry-les-Mines était le berceau de la famille paternelle), prénommé en réalité Pierre-Jules, repose auprès de son père, François RENARD (1824-1897) qui fut avant lui maire du village (Je vois très bien mon buste sur la place de l’ancien cimetière avec cette inscription « À Jules Renard, ses compatriotes indifférents ». Un monument fut bel et bien érigé : il est au centre du village et signé Charles-Henri Pourquet), de son frère Maurice (1862-1900) et de sa mère Anne-Rosa (1836-1909) dans un côtoiement qui ne fait pas oublier combien cette dernière le maltraita (avant de mourir en tombant dans un puits, peut-être de façon volontaire).
L’auteur de L’Écornifleur, Poil de carotte, du Pain de ménage mais aussi des Histoires naturelles et (peut-être, surtout) du Journal qui rêvait être un La Bruyère en style moderne, élu membre de l’Académie Goncourt en 1907, mourut à seulement quarante-six ans, rongé par l’athérosclérose.
Un siècle après, la postérité a confirmé le jugement de Marcel Proust : Jules Renard est de ces rares êtres qui ont un goût sûr, un sens précis de la réalité, une intelligence fine et mordante, une sensibilité très vive et très juste.



Grâce à l’association « Les Amis de Jules Renard », le monument a été restauré en 2025.
L’autre occupant célèbre du lieu est le comédien Paul FRANKEUR (1905-1974) qui avait débuté au cabaret avec Yves Deniaud avant d’aborder au cinéma une carrière riche de plus de quatre-vingts films (dont treize avec Jean Gabin), du Père tranquille (1946) au Fantôme de la liberté (1974) en passant par Le Gentleman d’Epsom (1962), Un singe en hiver (1962) et Mon Oncle Benjamin (1969), inspiré par un roman du nivernais Claude Tillier (inhumé à Nevers), où il donne la réplique à Jacques Brel.
L’adaptation de Poil de carotte (1973) signée Henri Graziani lui offrit une de ses ultimes apparitions.


Il enregistra aussi ce disque sous la direction musicale d’Alain Goraguer (dont la tombe est au cimetière parisien de Bagneux) :

Son parolier, Frank Thomas (1936-2017), disait de lui :
Quand l’assassin habitait au 21, j’avais pour amis Errol Flyn (sic) et Garry (re-sic) Cooper. C’était la douce enfance. Je carottais sur les commissions pour m’offrir le cinéma permanent, et j’allongeais mes jambes sur le dossier des fauteuils.
C’est à cette époque que j’ai connu, comme nous tous, Paul Frankeur, et avec lui, de ma ville de province, j’imaginais la banlieue, celle que l’on dit rouge parce que l’on tue trop souvent ses fils sur des murs anonymes.
J’imaginais le Vel’d’Hiv, les combats du Central, les petits matins sur les chalands au Quai du Point du Jour, et les belles randonnées à bicyclette sur les routes de l’Île de France.
Quand Jean Distinghuin m’a présenté Paul Frankeur, nous sommes devenus des amis de 20 ans.
Avec Popaul, la vie est une extraordinaire balade.
Depuis mon passage, son fils, Jean-Paul FRANKEUR (1945-2018), également comédien (il fit l’essentiel de sa carrière à la télévision dans des séries populaires telles que Les Enquêtes du commissaire Maigret, Nans le berger, Un juge, un flic…), l’a rejoint.
